A l’occasion de la sortie du film Moulin, de László Nemes, le 28 octobre 2026, avec Gilles Lellouche dans le rôle de Jean Moulin, nous souhaitons te faire découvrir l'homme sous un autre angle : le haut fonctionnaire, l’homme de culture, le fils et le frère, mais aussi le préfet qui a exercé en Aveyron avant de devenir l’une des figures majeures de la Résistance.
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C'est Gilles Lellouche qui incarne Jean Moulin, arrêté en juin 1943 à Caluire-et-Cuire, près de Lyon, alors qu’il œuvre à l’unification des mouvements de Résistance. Face à lui, Klaus Barbie, chef de la Gestapo lyonnaise, mène les interrogatoires. Le long-métrage revient sur les derniers combats de celui qui a consacré sa vie à la liberté de la France.

Jean Moulin : du préfet de l’Aveyron au héros de la Résistance 🇫🇷
Il est né à Béziers le 20 juin 1899. En 1925, à seulement 26 ans, il devient sous-préfet de France. Puis il est nommé préfet de l’Aveyron en janvier 1937, avant de rejoindre d’autres fonctions et de revenir dans le département en avril 1938. À Rodez, il découvre les réalités d’un département rural, rencontre les élus et s’attache à comprendre les préoccupations de la population. Devant l’assemblée départementale, il défend une conception humaine de l’administration. Pour lui, gouverner un département ne saurait se résumer à appliquer des règles depuis un bureau : cela suppose d’être au contact des habitants et de leurs représentants, d’écouter leurs besoins et de travailler avec eux. Son passage à Rodez est bref, mais il laisse le souvenir d’un préfet jeune, énergique et attentif. Des témoignages rapportés par la presse locale évoquent notamment son sourire franc et le souvenir positif qu’il a laissé à certaines personnes qui l’ont rencontré.

Conques, Eugène Viala et la passion artistique d’un homme engagé🖌️
L’histoire aveyronnaise de Jean Moulin ne se limite pas à ses fonctions préfectorales. Lors de son séjour dans le département, il s’intéresse aux œuvres du peintre et graveur aveyronnais Eugène Viala. Fasciné par ses eaux-fortes, Jean Moulin envisage même de consacrer une publication à cet artiste. Il en réalise des reproductions. Conques compte également parmi les lieux qui marquent son passage en Aveyron. Jean Moulin s’y rend avec sa mère et apprécie la richesse patrimoniale de ce village. Jean Moulin dessine, pratique la caricature et fréquente les milieux artistiques. Il signe certaines de ses œuvres sous le pseudonyme de « Romanin », emprunté à un château des Alpilles.
Une famille et une fidélité à la République
Jean Moulin grandit dans une famille attachée aux valeurs républicaines. Son père, Antonin Moulin, professeur d’histoire et de géographie, est engagé dans la vie politique locale. Il transmet à son fils un intérêt marqué pour la vie publique et les débats politiques. Sa sœur aînée, Laure Moulin, occupe une place essentielle dans sa vie. Confidente et témoin privilégiée de son parcours, elle contribuera après la guerre à préserver sa mémoire et à faire connaître l’homme derrière le héros. Son ouvrage consacré à son frère constitue aujourd’hui un témoignage précieux pour comprendre son enfance, sa personnalité et ses années de formation. La mort de leur père, en avril 1938, affecte profondément Jean Moulin. Ses liens familiaux demeurent importants malgré les responsabilités professionnelles et les dangers qui marquent progressivement son existence.
Le refus de la compromission
En juin 1940, alors préfet d’Eure-et-Loir à Chartres, Jean Moulin est confronté à l’occupation allemande. Les autorités nazies tentent de lui faire signer un document accusant à tort des soldats africains de l’armée française d’avoir massacré des civils. Il refuse. Battu et emprisonné, il préfère se blesser gravement plutôt que d’apposer sa signature au bas d’un mensonge destiné à salir l’honneur de l’armée française. Cet épisode constitue un moment fondateur de son engagement. Révoqué par le régime de Vichy, il rejoint ensuite la Résistance.
Moulin en résistance
En 1941, il gagne Londres et rencontre le général de Gaulle. Celui-ci lui confie une mission capitale : rassembler les mouvements de Résistance, alors dispersés, et les placer dans une dynamique commune. Sous le nom de code « Rex », Jean Moulin retourne clandestinement en France. Son travail contribue à la création du Conseil national de la Résistance (CNR), qui se réunit pour la première fois le 27 mai 1943 à Paris. Réunir des mouvements aux sensibilités et aux stratégies différentes exige de la patience, du courage et une grande capacité de négociation. Jean Moulin devient ainsi l’un des artisans majeurs de l’unité de la Résistance intérieure.
Sacrifice ultime
Arrêté le 21 juin 1943 à Caluire-et-Cuire, il est torturé par la Gestapo. Il meurt le 8 juillet 1943, au cours de son transfert vers l’Allemagne, sans avoir livré les informations recherchées par ses bourreaux. Le 19 décembre 1964, ses cendres présumées sont transférées au Panthéon. Le discours d’André Malraux, devenu historique, fait de Jean Moulin l’incarnation du courage, de la dignité et de la liberté.
Quelques anecdotes
Le plus jeune préfet de France
Jean Moulin est nommé préfet de l’Aveyron en 1937, à 37 ans. Il revient dans le département en 1938 après une période au ministère de l’Air.
Un artiste sous le nom de Romanin
Il avait créé une galerie d'art qui servait aussi de couverture. En février 1943, une galerie appelée Romanin ouvre à Nice. Elle expose des œuvres modernes issues notamment de la collection de Jean Moulin et de dépôts de marchands d'art. Colette Pons en assure la gestion. Cette activité permet à Moulin de conserver une apparence de vie professionnelle alors qu'il mène une mission clandestine particulièrement dangereuse. Il continue de conseiller la galerie sur le choix, la présentation et le prix des œuvres. Détail saisissant : dans une lettre datée du 15 juin 1943, quelques jours seulement avant son arrestation, il évoque encore la vente de deux tableaux de Jongkind au musée des Beaux-Arts de Grenoble.
Il aimait le vélo
Durant son passage en Aveyron, Jean Moulin se rend régulièrement à Conques. Il parcourt notamment à bicyclette la route des crêtes entre Rodez et le village médiéval. Il effectue aussi une sortie dans les gorges du Tarn avec Pierre Cot, ancien ministre et proche de ses milieux politiques.
Il aimait particulièrement Conques
Une photographie le montre à Conques avec sa mère, en décembre 1938. Cette image familiale apporte une touche très personnelle à son histoire : avant d'être le résistant clandestin, il est un fils qui partage avec sa mère des moments de découverte et de promenade.
